Hinault est déjà un champion en 1980. Lauréat à deux reprises du Tour de France (1978, 1979), et une fois de la Vuelta (1978), de Liège-Bastogne-Liège (1977), de Gand-Wevelgem (1977) et du Tour de Lombardie (1979), il fait partie des grands du cyclisme contemporain. Mais il n’est pas encore une légende. Pour en être une, ou plutôt pour en devenir une, il faut d’une part un palmarès hors du commun, et d’autre part une grande victoire. Plus que grande, il faut qu’elle soit magique, historique et même mythique.

C’est sur les routes de Liège-Bastogne-Liège, en ce 24 avril 1980, que Bernard Hinault va avoir l’occasion de l’accrocher. Merckx sur le déclin depuis plusieurs années déjà, le cyclisme se cherche un grand coureur de classiques. Jan Raas semble être celui-ci, ayant remporté lors de la saison 1979 le Tour des Flandres, Milan-San Remo, l’Amstel Gold Race, le GP E3 et les Mondiaux. Pourtant, il n’a pas encore réellement ce titre de meilleur coureur de classiques. La cause est simple : Bernard Hinault est là. Et le « Blaireau » ne semble pas prêt à la défaite.

Prêt à tout pour obtenir ce qu’il veut, il prend le départ de la Doyenne avec l’intention de reprendre le titre déjà acquis en 1977. Seulement, à Liège, avant que les coureurs ne partent, l’apocalypse règne. La neige et un froid glacial empêchent la fête d’être totale. Même la grêle est de la partie. Trop pour certaines, pas pour des coureurs qui prennent le départ de la Doyenne. Ils sont 174 à prendre le départ. Mais seulement 21 à l’arrivée…

Ils ne sont déjà plus que 30 au pied du raidillon de Stockeu. Rudy Pevenage passe en tête avec près de trois minutes d’avance sur Hinault et quelques autres coureurs. Au sommet, il a perdu les deux tiers de son matelas.

Une minute après Hinault passe l’un des favoris, Hennie Kuiper, à pied, poussant son vélo. Ayant chuté dans la montée, dans les passages terribles à 21 %, Kuiper n’a pu relancer et termine Stockeu en courant à côté de son vélo. Dans ces conditions, il faut bien courir pour ne pas finir gelé.

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Gelé, c’est l’état de Bernard Hinault lorsqu’il arrive à Liège. Forcé de retirer son imperméable par Cyrille Guimard, qui compte là le faire aller plus vite vers l’arrivée, il remportera effectivement cette édition de Liège-Bastogne-Liège, mais dans quel état ! Hinault est frigorifié, et l’une de ses phalanges est bloquée, par le froid et la glace accumulée sur son doigt. Pourtant, s’il n’est plus vraiment lui-même à l’arrivée, le Blaireau a fait du Blaireau sur son vélo. Hennie Kuiper, deuxième, en termine plus de neuf minutes après Hinault, et le dixième à 12minutes et 35 secondes. Ce jour-là, Hinault est grand, et entre dans la légende de son sport.

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Hinault vers l’immortalité

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