Si aujourd’hui le cyclisme iranien est connu grâce à (ou plutôt à cause de) Amir Zargari et Mehdi Sohrabi, du fait de leur exploitation par des équipes World Tour en mal de points (exploitation ayant donné lieu à deux saisons blanches), en 2012, il convient de se dire que ces deux coureurs sont les arbres cachant la forêt du cyclisme iranien qui domine le circuit Asiatique. En fer de lance de ce cyclisme se trouve Mirsamad Pourseyedi Golakhour. Il a fait la plus grosse partie de sa carrière dans l’équipe Tabriz Petrochemical Team, et à 29 ans, il ne semble pas prêt de changer.

Comme beaucoup, il commence en amateurs en 2007, mais il performe déjà comme peu avant lui. En effet, pour sa première course, au Taftan Tour, il termine 2e sur le prologue et gagne l’étape 3, tout ceci afin de terminer au pied du podium général. Sur le Kerman Tour, il réalise un nouveau top 10 au général (9e) avant d’enchaîner sur le Tour d’Azerbaïdjan un mois plus tard où il signe 3 podiums avant de malheureusement terminer au pied de celui-ci en ce qui concerne le classement général final. Pour sa première participation aux championnats d’Iran sur route, notre homme se classe 4e à Tabriz, devançant des coureurs qui ont une équipe, au contraire de celui qui gagne une fois cette année-là. Il termine 2007 sur le Tour of Milad do Nuor, où il se classe 6e au général après deux tops 5. Il termine dans le top 1000 du CQ-Ranking et attire l’intérêt de nombreuses équipes iraniennes, dont la fameuse Islamic Azad University Cycling Team où il signe pour la saison 2008.

Il retrouve dans cette équipe les célèbres Amir Zargari et Mehdi Sohrabi. A eux trois, ils vont former une triplette qui va rapporter l’essentiel des points à leur équipe. « Mirsa » débute sa saison sur le Tour d’Iran où il ira chercher un top 5 sur la première étape, néanmoins il terminera ainsi 13e au général, loin des standards de sa première saison. Il va toutefois se rattraper sur le Tour d’Azerbaïdjan en allant chercher la 2e place de la 7e étape, ceci s’ajoutant à la 2e place de l’IAUC sur le TTT de la deuxième étape. Il sera néanmoins devancé par trois coureurs au général (tous de la Trabiz Petrochemical Team). Pour sa dernière course de cette année décevante, au Tour of Milad do Nuor, il ne fait pas mieux qu’en 2007, 6e avec aucun top 5 d’étape. Au terme de cette saison décevante, en deçà sur le plan sportif et comptable de son année 2007, MPG change d’équipe pour aller dans la plus grande du pays, la Tabriz Petrochemical Team.

Il emmène dans ses bagages Sohrabi qui à eux deux deviennent ainsi coéquipiers de Mizbani et Mirouzov, pour ne citer que les plus connus. Ce premier est d’ailleurs le coureur iranien le plus prolifique à cette époque, terminant régulièrement dans les 150 premiers au CQ-Ranking. Mais revenons à Mirsamad Pourseyedi, qui confirme ses bonnes dispositions dans l’exercice chronométré en aidant son équipe à aller chercher la 3e place sur le TTT du Tour de Singkarak. Ses deux autres résultats notables de l’année sont sur ses deux courses fétiches, le Tour of Milad do Nuor, où il finit 7e mais en ayant gagné la 3e étape et en allant chercher la médaille de bronze sur l’avant-dernier jour de course ; puis sur le Tour of Azerbaïdjan, où il réalise 3 tops 5 mais hélas finira hors du top 10 final (13e, devant un certain Ioannis Tamouridis). Cette saison est une nouvelle fois décevante (10 petits points au CQ-Ranking), mais pour la première fois de sa carrière, Mirsamad ne change pas d’équipe et reste à la TPT.

 

Les gars de la TPT en pleine action, avec notre coureur en avant-dernière position

 

Cette saison 2010 marquera l’avènement d’une nouvelle star du cyclisme Iranien, Hossein Askari, alors que MPG reste en retrait et joue les équipiers. Toutefois, notre ami obtient sa chance sur quelques courses, comme le Kerman Tour qu’il termine à la 4e place (avec en bonus la même place obtenue à l’étape 2), ou encore le Tour d’Iran où il arrive cette fois-ci à monter sur le podium général pour la première fois de sa carrière, après avoir été allé chercher une 2e place sur l’étape de montagne, largement devancé par Askari. La carrière de « Mirsa » semble retrouver de sa splendeur perdue et dans la foulée il termine 6e du Tour of Singarak. Il reste à Singapour pour le Tour of East Java mais finit cette fois-ci hors du top 10. Pour parachever cette belle saison, Pourseyedi confirme ses belles dispositions en contre-la-montre en réussissant à aller chercher la 7e place de son championnat national dans cette épreuve. Toutefois, ces résultats ne suffisent pas pour une équipe du standing de la Tabriz et Mirsamad retourne chez l’Islamic Azad University Cycling Team (qui entre-temps a changé de nom en Azad University Iran).

 

Ils sont pas beaux à la TPT ? Regardez moi ces sourires, on sent qu’ils sont contents d’être là

 

2011 est l’année du désastre. De retour à la maison, MPG commence bien l’année en allant chercher un podium sur la 5e étape du Tour de Langkawi, puis la deuxième place finale sur le Kerman Tour, derrière Sohrabi (avec deux tops 5 et un podium dans l’escarcelle). Il continue son bonhomme de chemin sur le Tour des Philippines en gagnant à l’issue de l’étape 3 et en finissant tout juste 10e au général. Puis, vient l’exaltation avec le Tour d’Iran où il gagne avec 3 minutes d’avance sur le deuxième. Mais cela était trop beau pour être vrai et il est contrôlé positif à l’EPO pendant la course, et est donc suspendu deux ans. Cela lui efface donc sa victoire sur son tour national, mais aussi sa 3e place sur le Tour de Singarak, sa 4e place sur le Championnat d’Iran de CLM et sa 3e sur la course en ligne. Ce qui semblait à un retour à son niveau de 2007 ne se transforme qu’en supercherie, mais Mirsamad Pourseyedi Golakhour accepte la sentence et est donc éloigné des pelotons pendant 24 mois.

 

MPG juste après sa victoire sur le Tour des Philippines

 

Le 1er juillet 2013, la suspension de MPG se termine et « Mirsa » peut recourir dans une équipe qu’il a déjà connu par le passé, la Tabriz Petrochemical Team. Il fait parler la poudre dès sa course de retour en gagnant purement et simplement le Qinghai Lake Tour, ce en ayant de plus levé les bras sur la 3e étape. Seul Mizbani la privera de la victoire sur le Tour de Bornéo, mais personne ne se mettra en travers de son chemin sur le Banyuwangi Tour de Ijen, où il gagne dès la deuxième étape. Retour en force après 2 ans d’entraînement ? Nouvelle technique de dopage ? Les avis divergent et personne n’est sûr de sa version, mais reste que Mirsamad n’est pas contrôlé positif cette année, ni l’année d’après. En cette année 2013, et en seulement 4 mois, Pourseyedi pulvérise son record en se classant 184e du CQ-Ranking avec 329 points (son record était de 52 points en 2007).

 

« Mirsa » lors de sa toute première victoire sur le Tour de Langkawi (en 2013 donc)

 

2014 est l’année de la rédemption pour MPG, qui veut se faire pardonner et prouver qu’il est maintenant le fer de lance de la nouvelle génération iranienne : en effet, Askari a disparu des radars, Sohrabi et Zargari ne se sont pas remis de leur voyage en Europe et Mizbani est dorénavant un cran en dessous de Pourseyedi. Sa saison commence sur l’épreuve la plus importe du calendrier asiatique : le Tour de Langkawi. Il gagne la 4e étape en prenant le maillot de leader et ne le lâche plus jusqu’à la fin, gagnant par là-même sa plus belle victoire devant notamment Merhawi Kudus et Esteban Chaves, excusez du peu. Deux mois plus tard, « Mirsa » est aligné sur le Tour du Japon et rebelote, il gagne une étape et le général, même s’il a eu fort à faire face à Grega Bole. Sur le Tour d’Iran, tour de sa déchéance, le leader de la TPT doit s’incliner au général pour la première fois de la saison : 3 podiums de suite sur les étapes 3, 4 et 5, cela ne suffit pas pour rattraper 25 secondes sur Mizbani. Toutefois, Mirsamad marque le pas l’été venu : il termine tout juste 10e sur le Tour of Qinghai Lake et sur le Tour of East Java, même s’il faut dire à sa décharge que le plateau était relevé sur ces deux courses. Il termine sa saison sur le Banyuwangi Tour de Ijen avec une 6e place dont un top 5 d’étape. Toutefois, ces victoires sont toutes entachées du soupçon du dopage, si bien que MPG se justifie à chaque fois en affirmant qu’il est propre dorénavant et que les erreurs du passé sont derrière lui. A l’issue de la saison, Pourseyedi réalise l’exploit de se placer dans les 100 premiers au CQ-Ranking, devant des coureurs comme Pierre Rolland, Lars Boom, Leopold König, Michael Rogers, Esteban Chaves…

 

Pourseyedi sur la plus haute marche du podium en Malaisie
Pourseyedi sur la plus haute marche du podium en Malaisie

 

Pendant sa suspension, le cyclisme iranien a essayé de s’exporter, sans succès. Aujourd’hui, les résultats de MPG incitent à la prudence sur son niveau, notamment à la lumière de son passé. Toutefois, en respectant la présomption d’innocence, il convient de dire qu’il a largement le niveau ne serait-ce que Conti Pro.
A la lumière du fait que si le cyclisme iranien veut tirer de plus gros fruits du cyclisme il semble évident qu’il va devoir s’exporter, la question se pose de savoir si Mirsamad Pourseyedi Golakhour est celui qui permettra l’avènement des coureurs iraniens en Europe. En a-t-il le niveau ? Le cyclisme est-il prêt à voir l’avènement d’une nouvelle nation ?

Mirsamad Pourseyedi, le fer de lance du cyclisme iranien ?

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