Un double tenant de titre qui concentre toutes les interrogations (Philippe Gilbert), des prétendants à la tonne (Valverde, Sagan, Gerrans, Voeckler, Visconti, Rodriguez, S. Sanchez, Van Avermaet, Freire, etc.), un parcours exigeant riche en ascensions courtes mais escarpées, tous les ingrédients étaient réunis pour faire de cette 47e édition de l’Amstel Gold Race une course attrayante et indécise.

La course

Cette Amstel Gold Race fut une course d’attente jusque dans son final ; nul coup de Trafalgar à l’horizon, un scénario classique : une échappée de neuf coureurs (Bardet, Bilbao, Caethoven, Howes, Kreder, Lietaer, Pineau, Stortoni, Delfosse), dont trois Français (Bardet pour AG2R, Delfosse pour Landbouwkrediet et Pineau pour la FDJ), qui bénéficie d’une marge de manoeuvre conséquente (plus de treize minutes au maximum), sans danger cependant pour le peloton, qui maîtrise l’écart à distance. Moins commune en revanche est la rumeur, rapportée par le direct d’Eurosport.fr selon laquelle les échappés auraient échangé quelques coups de poings en début de course, ce qui n’empechera pas cette échappée de phosphorer jusqu’à quelques encablures de l’arrivée (son dernier survivant, Romain Bardet, sera repris à 9km de l’arrivée).
Mais la véritable course, celle des prétendants à la victoire en haut du Cauberg, ne s’est véritablement mise en branle que durant les vingt-cinq ultimes kilomètres et ses cinq ascensions (Kruisberg, Eyserboswerg, Fronberg, Keutenberg, Cauberg) pour offrir un sprint en côte durant l’escalade terminale du Cauberg.

Le vainqueur

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Un vainqueur étonnant. Côté italien, tous les espoirs semblaient être placés sur le seul Damiano Cunego, mais c’est Enrico Gasparotto qui s’est imposé à la surprise quasi-générale, ayant profité du travail final des BMC et des Lampre pour revenir sur Freire, lequel a tenté un coup de poker audacieux en sortant à sept kilomètres de la ligne. Certes, Gasparotto, qui s’adjuge ici son neuvième succès chez les professionnels, était déjà monté sur le podium de l’Amstel (3e en 2010), mais celui qui ce matin avait cité son nom comme étant celui du vainqueur a dû gagner un joli pactole.

Les accessits

En parlant de jackpot, en voilà un qui en est passé tout près : Jelle Vanendert. Le Belge, déchargé de la présence tutélaire de Philippe Gilbert suite au transfert de ce dernier chez BMC, a assumé pleinement son rôle de co-leader de l’équipe Lotto-Belisol (avec Van den Broeck, lequel est tombé à 55km de l’arrivée). Il échoue finalement à deux longueurs du vainqueur du jour, avec sûrement l’amère sensation d’avoir laissé filer une occasion en or.

Des occasions qui repasseront pour le jeune Peter Sagan, qui continue sa sarabande de places d’honneur sur les grands classiques printanières : 4e de Milan-San Remo, 2e de Gand-Wevelgem, 5e du Tour des Flandres, le voilà 3e de l’Amstel Gold Race. Reste pour lui à acquérir ce dernier coup de rein, ce substrat d’énergie décisif que l’expérience lui octroiera certainement et qui fait la différence entre un succès et un accessit. Mais à 22 ans, Peter Sagan confirme qu’il sera dans les années à venir le nouveau maître des classiques, un potentiel adamantin qui ne demande qu’à rutiler bientôt au frontispice du cyclisme mondial.

Au frontispice du cyclisme, Oscar Freire y figure déjà, depuis longtemps. Pourtant, à 36 ans, il démontre qu’il n’a rien perdu de son envie de vaincre. En lançant, lui le sprinter, une offensive culottée, Freire a dérouté ses adversaires et frôlé un succès qu’il n’aurait pas volé. Mais nul doute que si Oscar Freire avait levé les bras cet après-midi, d’aucuns chez Rabobank aurait grincé des dents, tant l’affection que portent les Hollandais à leur course (qu’ils n’ont plus gagnée depuis 2001) est intense.

Thomas Voeckler réalise à n’en point douter le meilleur printemps de sa carrière déjà longue (débuts pros en 2000). 8e du Tour des Flandres, « Ti-Blanc » a confirmé son succès dans la dernière Flèche Brabançonne en coupant la ligne au cinquième rang, juste devant Philippe Gilbert, offrant ainsi à Europcar son troisième Top 10 en trois grandes classiques disputées, Europcar n’ayant pas été invitée sur Milan-San Remo). Il a tenté sa chance à huit kilomètres de l’arrivée en compagnie de Sagan mais s’est vite ravisé devant la poursuite menée par le peloton ; récupérant des forces, il a habilement manoeuvré durant le sprint. Absent de la Flèche Wallonne (Europcar ayant décliné l’invitation), Voeckler tentera dans une semaine de mettre à profit sa grande forme pour rééditer sa marque sur la Doyenne, et – pourquoi pas ? – viser mieux. Qui sait ?

Le tenant du titre

Philippe Gilbert inquiétait beaucoup depuis février. D’abandons en contre-performances, le Renoucastin polarisait critiques et interrogations. Cette Amstel Gold Race aura permis d’en lever quelques-uns ; s’il n’a pas gagné, il a tout du moins rassuré. Certes, son état de grâce semble s’être dissipé, certes il a sans doute présumé de ses forces dans sa préhension du Cauberg, mais son orgueil et sa capacité à pouvoir jouer la gagne dans les grandes occasions, après plus de 250km de course exigeante pour les muscles et les nerfs, sont toujours intactes. Cette prestation le place toujours parmi les favoris pour « ses » classiques wallonnes, d’autant que beaucoup de ceux que l’on présentait comme ses rivaux les plus menaçants ont été en-deçà de ce que l’on escomptait.

Ceux qui ont déçus

On attendait beaucoup des puncheurs espagnols, mais c’est un sprinter qui a le mieux représenté les espérances ibères. Tel est le paradoxe auquel nous avons assisté cet après-midi sur les routes limbourgeoises. Ni Valverde, ni Rodriguez, ni Samuel Sanchez n’ont pu s’affirmer, fût-ce un instant, comme des prétendants à la victoire, discret dans les préparatifs de la bataille (comme il convient de l’être), absents lorsque celle-ci s’est déclenchée. Seul Samuel Sanchez peut avancer un contre-argument : retardé par des problèmes mécaniques dans l’Eyserbosberg, il a dû consentir, aidé de ses équipiers, à une poursuite effrénée pour recoller au premier peloton, ce qui s’est ressenti sur sa performance (7e).

Comme il l’avait lui-même affirmé, Cadel Evans n’a jamais été en mesure de jouer la victoire. Cependant, sa prestation demeure bien décevante : lâché du peloton à 75km de l’arrivée, avant même la seconde ascension du Cauberg (1’30 de retard sur le peloton pour l’Australien au sommet), il n’a tardé à se retirer, sans avoir été d’une grande utilité à ses deux chefs de file, Gilbert et Van Avermaet. Un Greg Van Avermaet qui a servi d’équipier de luxe à un Philippe Gilbert régénéré, à l’image de Sylvain Chavanel pour Tom Boonen lors des Flandriennes, accomplissant un travail énorme (au même titre que Santambrogio) pour placer la fusée Gilbert sur orbite dans les meilleures conditions.

Cunego, dans le coup pour aller chercher, sinon la victoire, du moins un classement honorable, a chuté pendant le sprint, entraîné avec lui deux autres coureurs. Dommage pour l’Italien, qui se voit privé d’une possibilité de rééditer son succès de 2008.

Un succès majeur après lequel court Edvald Boasson Hagen ; le Norvégien a tenté d’anticiper sur son infériorité vis-à-vis de ses concurrences dans les pentes à 22% du Keutenberg. Repris au pied de celui-ci, il a ensuite reculé sensiblement pour ne plus apparaître ensuite aux avants-postes.

D’autres ont déçu : Gesink (lâché dans le Fromberg), Westra (lâché dans le Kruisberg), Andy et Frank Schleck (qui n’ont jamais pesé sur le scénario de la course), …

La révélation

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Sociétaire d’AG2R, le jeune Romain Bardet a réussi à accrocher l’échappée, une expérience qui sera sans nul doute profitable à ce néo-pro qui l’an passé chez les Espoirs a terminé 2e de Liège-Bastogne-Liège et 10e du Tour de Lombardie. Sur un parcours à sa convenance, il a fait étalage de belles qualités, prenant l’initiative (c’est à la suite de ses offensives que l’échappée est passée de neuf à six dans le Loorberg, puis de six à deux dans l’Eyserboswerg), résistant au retour du peloton jusqu’à 9km du terme, après le franchissement de l’effrayant Keutenberg, avant-dernière côte du parcours. Bref, ce coureur a de la moelle et du cœur, il serait judicieux de suivre son développement dans les années qui viennent, tout comme Tony Gallopin ou Sébastien Turgot, absents de cette Amstel.

Classement :
1/ GASPAROTTO Enrico (Astana)
2/ VANENDERT Jelle (Lotto-Belisol)
3/ SAGAN Peter (Liquigas)
4/ FREIRE Oscar (Katusha)
5/ VOECKLER Thomas (Europcar)
6/ GILBERT Philippe (BMC Racing Team)
7/ SANCHEZ Samuel (Euskaltel-Euskadi)
8/ WEGMANN Fabian (Garmin)
9/ NOCENTINI Rinaldo (AG2R)
10/ MOLLEMA Bauke (Rabobank)

L’Amstel Gold Race, pas de la petite bière !

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