« Je pense à ma reconversion, mais je ne sais pas dans combien de temps elle viendra »

A 34 ans, Sylvain Chavanel rejoint IAM, formation suisse qui, moins d’un an après ses débuts dans le cyclisme professionnel, s’est déjà fait un nom. Entre sa décision de rejoindre la Suisse, ses ambitions pour la saison à venir, son profil de coureur et les années passées chez OPQS, le meilleur coureur français de l’année selon nos membres se confie à PCM France !
 

Pourquoi être allé chez IAM ?

J’étais en fin de contrat chez Omega Pharma-Quick Step (OPQS). Moi, je travaille sans manager, je gère mes affaires seul. J’ai été approché par plusieurs équipes, et j’ai choisi IAM parce que c’est le projet qui m’a le plus plu. Revenir en Europe, un programme basé près de chez nous, ça me plaît. C’est une équipe toute récente. Ce qui me plaît dans ce projet, c’est faire partie du groupe pour faire grandir l’équipe. On m’a pris chez IAM pour renforcer l’équipe, c’est à moi d’être performant sur les courses où je dois être présent.

Vous avez dit à Vélochrono que vous n’aimiez pas le terme de leader. Est-ce que ça a motivé votre choix de quitter OPQS ?

Non, c’est pas que je n’aime pas le terme, c’est que ça commence à m’énerver. La question, je la traîne depuis un moment. Chez OPQS, c’était la polémique : « On vous sent prisonnier par vos coéquipiers ». Je n’aime pas ce terme parce que ça veut tout dire et rien dire en même temps. Je n’aime pas voir toute l’équipe rouler pour un coureur, ce n’est pas ma conception du vélo. On m’a pris chez IAM pour renforcer le team, on me fait confiance pour apporter des résultats. C’est sûr que sur certaines courses, j’aurai ce poste de coureur protégé, mais les coureurs qui seront là à mes côtés pour me protéger, jamais je ne les sacrifierai. Je ne suis pas ce genre de personne.

Ce sujet a été abordé quand vous avez signé le contrat ?

Ca a fait partie de la discussion autour de leur projet, et leur discours m’a plu. C’est une équipe toute fraiche, récente, ils n’ont jamais participé à des Grands Tours, donc mon objectif est d’être performant toute la saison pour pouvoir être invité sur le Tour de France même si, au jour d’aujourd’hui, je n’y pense pas du tout, je me concentre sur les courses pavées en Belgique. Après, on pourra se pencher dessus quand ce sera le moment venu.

Vous avez couru en France, en Belgique et maintenant en Suisse. La barrière de la langue peut être un problème pour vous ?

Non, non, pas du tout. Je ne parle pas l’anglais couramment, je le comprends, je me débrouille. IAM est une équipe suisse francophone, c’est la langue officielle, donc il n’y a aucun problème. Mais chez OPQS, c’est belge flamand et la langue officielle, c’est l’anglais. Ca m’a permis de progresser et, même si j’ai un peu de mal pour la grammaire, je comprends la langue.

Et donc s’engager dans un projet convivial comme IAM était important pour vous ? 

Oui, tout à fait, je cherchais une équipe conviviale. Je ne dis pas que dans mes anciennes équipes, ce n’était pas convivial, je suis parti en de bons termes avec mon ancienne équipe. Après, j’ai 34 ans, ça peut faire peur à certaines équipes d’être trop vieux, mais je suis un passionné à la base, et je cherche une équipe dans laquelle on ne se prend pas la tête mais où on reste professionnels.

Beaucoup de Wild Cards ont été demandées pour participer aux épreuves World Tour ? 

Des Wild Cards ? Oui, l’année passée, ce qui a fait mon choix, c’est qu’IAM a participé à beaucoup de semi-classiques et classiques en Belgique et, comme je l’ai dit tout à l’heure, c’était ma priorité. Avec mon renfort, il n’y a pas de raison pour qu’on ne soit pas sur ces courses-là. On a eu des réponses positives sur beaucoup de courses. J’en parlerai plus longuement lundi (13 janvier, avant-hier, ndlr) à l’occasion de la présentation de l’équipe, quand je parlerai de mon programme.

Pour l’instant, à part les classiques, vous ne pensez à aucune course ? 

Mon premier bloc va jusqu’à Paris-Roubaix, voire l’Amstel. Ce sera ma première grosse partie de saison. Après, on pourra se concentrer sur la deuxième partie, sur laquelle ma grosse priorité sera le Tour de France. Mais pour l’instant, je n’y pense pas.

Et vous pensez que votre notoriété peut être un argument de choix pour l’obtention d’une Wild Card par IAM sur le Tour ?

Oui, mais la question ne se pose pas. Aujourd’hui, je ne me fais pas de souci par rapport à nos sélections. On a une équipe compétitive. Chez IAM, il y a beaucoup de bons coureurs. C’est une équipe homogène, complète. Il y a de bons sprinteurs, des grimpeurs, notamment les suisses et les autrichiens. On a une équipe compétitive, homogène et surtout jeune.

Quels sont vos objectifs sur les classiques flandriennes ?

Etre aussi performant que je l’ai été, et avoir peut-être un peu plus de réussite. Après, face aux grosses machines que sont les Cancellara, Sagan etc, je suis peut-être un peu en-dessous, mais je travaille, je travaille, je ne baisse pas les bras pour autant. Le but, c’est d’être performant, être le plus haut possible dans le classement.

Vous pensez prendre le départ de toutes les flandriennes disputées par votre équipe ? 

Oui, j’espère, c’est le but. Le but, c’est d’avoir 40 jours de course en arrivant au Tour de France.

Est-ce que le fait de n’avoir pas pu vous exprimer pleinement chez OPQS a motivé votre choix de quitter l’équipe ? 

Non, j’étais épanoui chez OPQS. Je ne sais pas comment vous le dire, vous me sentiez un peu brisé mais j’étais aussi épanoui chez eux. Il faut savoir rester à sa place à certains moments, je suis quelqu’un de raisonnable et réaliste dans ce que je fais. Ce sont plutôt les journalistes qui essaient de nous monter les uns contre les autres et de créer des polémiques.

Qu’est-ce que vous pensez des changements de parcours sur les classiques, notamment le Tour des Flandres ?

Déjà, un changement, c’est toujours difficile pour s’adapter, mais on n’a pas vraiment le choix. Après, si on veut créer une histoire sur tel monument, il n’y a pas besoin de changer le parcours pour ça. Regardez, l’ancien parcours était déjà assez difficile (le parcours du Tour des Flandres, qui a changé récemment, ndlr). Mais le cyclisme se modernise, le niveau se ressere, donc on n’a pas le choix, il faut trouver de nouveaux circuits pour durcir la course. Quand une course arrive au sprint, c’est dommage de faire 260 kilomètres pour arriver au sprint. Il y aura encore sûrement d’autres évolutions de ce genre à l’avenir.

Est-ce que vous pensez que IAM pourrait être votre dernière équipe ou est-ce que vous pensez à un retour en France dans quelques années ?

Ca, c’est pas des questions que je me pose. Aujourd’hui, est-ce que c’est ma dernière équipe ou pas ? Ce que je vois, c’est que quand je regarde l’année de naissance sur la liste des engagés, ça fait drôle, je vois j’ai de l’expérience. Mais je me demande pas ça, combien de temps il me reste. Je vis au jour le jour, je pense plutôt aux courses qui viennent. Je pense à ma reconversion, mais je ne sais pas dans combien de temps elle viendra. Je ne me pose pas la question si c’est le temps d’arrêter, je suis en pleine bourre, et sur les courses, je prends mon pied, je fais partie des coureurs qui bousculent le peloton, et je prends du plaisir.

Est-ce que l’intégration chez IAM s’est faite rapidement, facilement ?

Pour l’instant, elle a été courte. On a eu deux mini-stages de deux-trois jours plus administratifs qu’autre chose. On n’a pas fait de vélo. Le prochain stage, c’est celui de Majorque qui arrive. Mais je n’arrive pas dans le milieu, c’est plutôt moi qui vois arriver les coureurs que l’inverse.

Qu’est-ce que vous pensez du fait d’avoir relancé l’intérêt pour les classiques en France, intérêt perdu depuis quelques années ?

Ah, je ne sais pas si j’ai relancé quoi que ce soit. Mais peut-être que ça a permis à certains autres de se focaliser là-dessus. Mais moi, ce qui m’a permis de me focaliser sur les classiques, c’est mon expérience chez les belges (Quick Step, ndlr). Quand je suis arrivé, en 2008, c’était tout nouveau pour moi de disputer des classiques pavées. Avant, je cherchais les courses à étapes, mon profil était différent. Aujourd’hui, je me suis spécialisé dans le contre-la-montre et les classiques. Faut faire avec son gabarit. Je n’ai pas le poids pour arriver premier en haut d’un col.

Vous pensez encore à modifier votre profil en vous spécialisant encore plus dans les classiques ou le contre-la-montre ? 

Non, non, je n’y pense pas du tout. Je m’entraîne simplement, je m’entraîne pour être en forme. Je suis spécialisé dans le chrono, je roule en fonction du chrono. Là où j’habite, c’est plutôt des pavés que des montagnes. Mais je ne pense pas spécialement à mon profil.

Sylvain, merci d’avoir répondu à nos questions !

De rien, à bientôt sur les courses, peut-être.

Interview réalisée par Kenan Augeard.
Réflexion sur les questions par Kenan Augeard, Victor Boudin, Valentin Josso, Matthieu Sirvent.

 

Interview de Sylvain Chavanel !

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