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Et voilà… c’était inévitable. Mais ça s’est produit. Comme prévu en fait. Victime de ses mauvais résultats et de son (probable) gros salaire devenant inutile, Gossy quitte le navire Orica. Lui qui était le successeur désigné des McEwen et autres Davis au pays du kangourou n’aura finalement pas fait grand chose. Le leader tant attendu de la première équipe australienne de l’histoire du vélo n’a pas écrit l’histoire et n’est même plus considéré comme un bon sprinteur.

Pourtant, Matthew avait tout pour réussir. Tout jeune, le tasmanien profite de l’excellente formation anglo-saxonne qui lui permet de courir à la fois sur piste – il est champion du monde de poursuite en 2006 – et sur route grâce à la structure de l’Australian Institute of Sport (AIS), véritable bijou du cyclisme espoir australien : pour preuve presque tout les coureurs australiens pro aujourd’hui sont passés par là.

Chez les jeune donc, il parcourt l’Europe avec son équipe de l’AIS parrainée en ce temps par l’état de l’Australie du Sud. Il ne sort pas de nulle part puisqu’en junior il est double champion d’Australie sur route et vient de s’adjuger en 2004 la course en ligne des Jeux du Commonwealth Juniors. En dehors de ces nombreuses victoires sur pistes cela renforce son statut de jeune espoir prometteur. Un statut auquel il fait honneur en remportant comme néo-pro (2005) une étape du Tour du Japon puis l’an d’après le Grand Prix de la Libération, deux étapes du Tour de Navarre, une étape du Tour des Régions Italiennes ainsi qu’une étape du « Baby Giro ». Beaucoup pour un jeunot, suffisant surtout pour être repéré par l’une des meilleures équipe du monde.

Ainsi en 2007 à seulement 21 ans il s’engage avec l’équipe CSC des Cancellara, Voigt et autres frères Schleck et passe donc en Pro Tour. Continuant sa progression linéaire il va chercher quelques bouquets avec son nouveau maillot dont deux étapes du Tour de Grande Bretagne et de Wallonie ou encore l’édition 2009 de Paris-Bruxelles. Plus qu’un sprinteur, il prouve aussi certaines qualités de flandriens en prenant la troisième place de Kuurne-Brussels-Kuurne derrière De Jongh et un certain Langeveld et sur Gand-Wevelgem (remporté cette année par EBH). En trois ans il confirme qu’il faut compter sur lui et tape dans l’œil de la « dream-team » du sprint, HTC, pour qui il s’engage en 2010.

Son rôle est avant tout d’emmener les deux leaders Greipel et Cavendish, ce qu’il fait à la perfection, devenant un poisson-pilote désiré de ses leaders, mais il a aussi l’occasion de jouer sa carte personnelle et saute sur chaque occasion. Sur le Giro d’Italie, ou il est censé emmener Greipel, il profite de la mauvaise forme de l’allemand pour se mêler aux sprints. Avec succès, il remporte la neuvième étape synonyme de victoire sur un grand-tour. Il surfe sur cette vague positive et va chercher quelques placettes de temps à autre avant de venir chercher au sprint le Grand Prix de Plouay, sa première victoire sur une classique du World Tour. Il commence à s’affirmer en temps que classicman-sprinteur et c’est dans cette optique qu’il prépare sa saison 2011. La plus belles de toutes. Après une deuxième place au général du Down Under chez lui à domicile il s’impose une fois au Tour d’Oman puis à Paris-Nice. En pleine forme, il arrive sur Milan – SanRemo comme deuxième leader en cas de défaillance de Cavendish, ce qui arriva suite à une chute du britannique. Dans le Poggio, idéalement placé, il suit les attaques de Gilbert, Cancellara et autres leaders ce qui lui permet de se trouver dans le groupe de huit coureurs qui se jouent la victoire. Malin, il attend son heure et remporte – assez facilement en tant que seul sprinteur du groupe – cette victoire, son premier monument à 25 ans et le premier Milan- SanRemo australien, entrant ainsi dans l’histoire. Il poursuit ses bons résultats et sur le Tour de France il est l’un des équipiers les plus utiles à Cavendish (la fameuse triplette Renshaw-Cav’-Goss), tout en réussissant notamment une deuxième place derrière EBH quand il joue sa carte personnelle et arrive en pleine forme aux championnats du monde.

En 2011 ils se déroulent à Copenhague sur un circuit certes exigeant en endurance mais des plus plats. Après sa grosse saison il est logiquement considéré comme un des favoris et l’équipe d’Australie se met entièrement à son service. Dans le final il est d’ailleurs celui qui possède l’appui en équipiers le plus conséquent. Mais Cavendish, malin, parvient à déboucher et s’impose d’une roue devant le tasmanien qui semblait avoir le titre à portée. C’est un échec pour lui et la médaille d’argent n’enlève rien à son immense déception, il sait qu’il a laissé passer une chance unique de prendre le maillot arc-en-ciel. Son équipe HTC cessant d’exister, il rejoint alors la nouvelle formation australienne GreenEDGE dont il est l’un des leaders avec Simon Gerrans. Encore jeune, mais faisant déjà partie des meilleurs mondiaux, il est promis à un avenir radieux.

Mais tout ne se passera pas comme prévu. Car si en 2012 il réussira encore à maintenir la flamme de l’illusion, ses saison 2013 et 2014 seront un véritable chemin de croix. Pour sa première saison avec l’équipe australienne il remporte une étape du Giro, est l’un des principaux challengers de Sagan pour les points – avant d’être éliminé sur une pénalité pour course dangereuse – en faisant de bons résultats d’étapes, toujours placé mais jamais gagnant. Mais voilà, après son échec sur la Course Olympique il disparaît complètement des radars. Une victoire et des placettes en 2013 et …bah plus grand chose à se mettre sous la dent en 2014. Conscient de sa chute, il avait mis la faute à un mauvais planning en 2013. Mais force est de constater que 2014 à été bien pire.

Or, ce n’est pas l’équipe qui est en faute. Quand on voit la qualité de l’effectif en terme de rouleurs et de sprinteurs il semble difficile de mettre la faute sur son équipe. Alors bien sûr on ne connaît pas l’existence possible de frictions entre le tasmanien et son staff ou ses coéquipiers. Mais il est avant tout un leader, et comme son nom l’indique il est censé diriger, montrer la voie aux autres. Son côté du contrat n’est pas remplis, il semble logique que le divorce attendu ait lieu.

L’avenir appartient à Matthew Goss. Il doit se remettre en question avant toute chose pour espérer peut-être un retour au niveau des meilleurs. La nouvelle génération ultra-talentueuse est arrivée et à trop tarder il ne sera jamais plus qu’un second-couteau. Une nouvelle formation c’est surtout pour lui un nouveau départ. Qu’il aille chez MTN comme certains l’indiquent, ou chez Sky voir un retour chez Saxo, rien ne changera fondamentalement. C’est à lui de se donner les moyens de nous montrer que non, ce n’était pas un faux-espoir ou un talent gâché. Mais bel et bien l’un des meilleurs cyclistes australiens de l’histoire. En revoyant son programme, ses objectifs, sa manière de courir. En s’axant peut-être plus sur les classiques, en tentant d’exploiter sa facilité à passer les vallons, en se disant que c’est possible, car en vélo tout est toujours possible. Il viendra d’avoir 28 ans à l’aube de la saison à venir, l’une des meilleures périodes de la carrière d’un cycliste, alors oui, Gossy peut encore changer la donne. Ça ne tient qu’à lui de le faire, et on ne peut que le lui souhaiter. Car n’est ce pas justement quand on a touché le fond qu’on peut le mieux rebondir ?

Article écrit par Le Suisse

Goss, nouveau départ ou échec définitif ?

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