Fabio Aru a 23 ans. Dans un peu plus d’un mois, il en aura 24. Depuis quelques mois, il en est dans sa deuxième saison professionnelle, et il dispute déjà son deuxième Giro. Son Tour national, qui lui tient probablement énormément à coeur. Dimanche 25 mai, il s’est illustré de la plus belle des manières en remportant la 15e étape, au nez et à la barbe des autres favoris. Alors que Vincenzo Nibali a décidé de ne pas venir sur ce 97e Giro, alors qu’il en était le tenant du titre, Fabio Aru a-t-il le destin que connaît actuellement son jeune coéquipier et compatriote ? Fabio Aru peut-il trouver une place de leader chez Astana et faire de grandes choses ?

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Une victoire qui restera

Dimanche, à un peu plus de 2 kilomètres du sommet, Fabio Aru mène la danse des favoris, accompagné de Rigoberto Uran. Mais le maillot rose reste dans sa roue et l’italien mène un long relais. Alors que Nairo Quintana, qui fait figure d’épouvantail sur ce Giro, semble se rapprocher, Aru lance une attaque. Le jeune coureur d’Astana prend quelques secondes, d’abord, puis continue d’augmenter son matelas sur Quintana, Uran, Majka, Rolland…de tous les favoris, il est le plus fort alors que les leaders sont pour la première fois de ce Giro éparpillés. A l’arrivée, son avance est conséquente: 21 secondes sur Duarte, une de plus sur Quintana et Rolland, et pas moins de 42 secondes sur Rigoberto Uran, qui n’avait jamais, depuis qu’il portait le rose, semblé aussi impuissant. Sur les pentes du Plan de Montecampione, Aru triomphait pour la première fois de sa carrière. Une première victoire chez les professionnels a toujours une saveur particulière. Quand elle intervient dans son pays d’origine, elle l’est encore plus. Quand cela arrive sur son tour national, sur un Grand Tour, qui plus est, c’est encore plus fort.

Mais ce n’est pas le fait que cette victoire soit la première qui est important, ni sa remontée à la quatrième place du général à seulement quelques secondes du troisième, Rafal Majka, qui font que cette victoire est si spéciale. Outre la jeunesse de l’auteur de cet exploit, il faut aussi se rendre compte que Fabio Aru n’aurait jamais dû être leader, et n’aurait sans doute pas eu d’occasions de s’illustrer sur ce Giro. Car, même si l’on sait depuis longtemps qu’il jouera dans un avenir proche les premiers rôles en montagne, l’italien n’était qu’un équipier chez Astana. Au départ de Belfast, il était bien clair que Michele Scarponi était le grand leader chez les kazakhes. C’est pour ça qu’il a été engagé: Vainqueur du Giro en 2011, il avait terminé au pied du podium lors des deux dernières éditions, confirmant que, malgré son âge avancé (33 ans l’an dernier), il fallait encore compter sur lui. Mais, lors de la septième étape, Michele Scarponi, pris dans la grosse chute générale qui impliqua et acheva Joaquim Rodriguez, perdit deux minutes et se blessa. Le lendemain, en perdition, l’ex-vainqueur de la course italienne laissait définitivement le leadership à son jeune coéquipier. Une semaine plus tard, Aru s’imposait déjà. Sa précocité est donc à accentuer.

Très jeune, déjà, de grands espoirs fondés sur lui

Cela aurait pu surprendre qu’un coureur comme Fabio Aru, qui n’a encore jamais été leader chez les pros, soit désigné pour représenter Astana au général après la chute de Scarponi. Certes, Janez Brajkovic avait abandonné le jour de la chute générale, ce qui avait été un deuxième coup dur pour Astana. Mais ce qui justifie amplement le choix de Fabio Aru, c’est son parcours juniors. Car, alors que de nombreux jeunes italiens peinent à confirmer, celui-ci s’était déjà forgé chez les jeunes un palmarès qui en faisait l’un des coureurs les plus convoités de la Botte. Deuxième de Toscane-Terre de cyclisme en 2011 et vainqueur l’année suivante, le coureur d’Astana a surtout remporté deux années de suite le Tour de la Vallée d’Aoste, épreuve remportée deux années plus tôt par un autre grand espoir des cimes, Thibaut Pinot. C’est en 2011 qu’il a sans doute connu sa plus belle année car, en plus de ce succès, il a terminé deuxième du Championnat d’Italie espoirs, quelques jours avant ses 21 ans, mais aussi deuxième du Baby Giro, derrière un certain Joe Dombrowski. Oui, un autre coureur présenté comme un futur grand grimpeur. En ce qui concerne Fabio Aru, il faut donc savoir qu’il s’est illustré dès ses jeunes années, ce qui lui a sans doute permis de participer dès sa saison de néo-pro au Giro et, dès sa deuxième année, d’être nommé leader de secours et de jouer le podium. Ce qui va sans doute en faire, surtout en Italie, l’une des stars du peloton dans les prochaines semaines.

Se trouver une place chez Astana

Cependant, alors qu’il est très aisément installé dans le top 10, Fabio Aru ne sera pas tout de suite considéré comme un leader réel chez Astana. Devenu pro dans la formation kazakhe en 2013, l’italien était jusque-là considéré comme équipier et ne posait pas trop de problèmes. Car, côté leaders, il y a du monde: Michele Scarponi, bien sûr, est l’un d’eux. Il ne faut pas oublier qu’il a chuté dans ce Giro et ne devrait donc pas perdre trop de crédit aux yeux des dirigeants d’Astana. Jakob Fuglsang, lui, a rarement été leader sur des grandes courses et n’a pas toujours été au niveau, ce qui ne l’empêche pas de rester un grimpeur et rouleur solide et donc un homme sur qui il faut compter. Ensuite, n’oublions pas Janez Brajkovic, qui a lui aussi souvent déçu en étant leader mais reste capable d’un top 10 sur le Tour, ce qui n’est pas actuellement, du moins si l’on en croit son classement actuel, le cas d’Aru. Enfin, Astana compte bien sûr sur Vincenzo Nibali. Vainqueur du Giro l’année passée et deuxième de la Vuelta, l’italien n’aurait peut-être pas été aussi malchanceux que Scarponi sur ce Giro s’il avait voulu défendre son titre plutôt que de tenter de remporter le Tour de France, et aurait donc retardé l’arrivée au sommet de Fabio Aru.

Face à ces quatre leaders, et alors que Tanel Kangert a également de quoi frapper à la porte, Fabio Aru va-t-il avoir plus régulièrement sa chance ? On sait aujourd’hui qu’il est capable de dominer les autres favoris d’un Grand Tour dans une étape de montagne, on sait aussi qu’il est capable de lutter sérieusement pour un top 5 voire un podium, ce que ni Janez Brajkovic ni Jakob Fuglsang n’ont accompli jusqu’à présent. Mais on ne sait pas s’il est capable de tenir trois semaines, ni s’il saura confirmer cet exploit lors des prochaines épreuves qui le verront mener Astana. A l’heure actuelle, Fabio Aru passe de grand espoir du cyclisme italien à coureur capable de finir sur le podium d’un Grand Tour. Mais, dans un effectif aussi fourni que celui d’Astana, cela ne suffit étonnamment pas à en faire un leader régulier. Attention, donc, à ne pas trop en demander à un coureur qui n’a pas encore toutes les cartes en mains.

 

Article écrit par Kena

Fabio Aru, le nouveau prince des cimes ?

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